Houmt Souk est le cœur battant de Djerba. Capitale historique de l'île, cette ancienne cité marchande a gardé son port de pêche coloré, ses ruelles blanches et bleues, ses fondouks transformés en hôtels de charme et un souk qui s'anime dès le matin. C'est ici que se concentre l'essentiel du patrimoine de l'île, inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis septembre 2023 : forteresse ottomane, église catholique du XIXe siècle, ateliers d'artisanat vivant, sans oublier deux plages accessibles à pied depuis le centre-ville. Voici notre guide complet pour organiser une ou plusieurs journées à Houmt Souk, entre histoire, gastronomie et bords de mer.
Patrimoine et activités : sur les traces de l'histoire de Houmt Souk
Impossible de manquer Bordj Ghazi Mustapha (aussi appelé Borj El Kebir), la forteresse qui domine le front de mer depuis le XIIIe siècle. Construite par les Ottomans sur les fondations d'un ancien fort espagnol, elle a traversé sièges et batailles navales pour le contrôle de l'île. On y grimpe surtout pour la vue : le port de pêche multicolore et la baie, particulièrement beaux au coucher du soleil. L'intérieur conserve d'anciennes casemates et un petit espace consacré à l'histoire militaire de Djerba. Ouvert de 9h à 17h (fermé le lundi), l'accès coûte environ 5 dinars. Le meilleur moment pour visiter reste la fin d'après-midi, quand la lumière dorée éclaire le port et que le souk, à cinq minutes à pied, s'anime du retour des pêcheurs.

Pour prendre le large, direction la marina de Houmt Souk, où mouille l'Elyssa, l'un des bateaux pirates les plus connus de l'île. Chaque matin (départ entre 9h et 10h), il embarque petits et grands vers l'île aux Flamants Roses, dans une ambiance festive rythmée par la musique et l'équipage costumé — avec parfois des dauphins aperçus en chemin. Au programme : baignade, farniente sur le sable et déjeuner traditionnel (couscous, poisson grillé, fruits de mer) servi sous une paillote. Comptez environ 25 dinars en réservant directement auprès du bateau plutôt que via un hôtel, souvent plus cher pour la même sortie. Les flamants roses, eux, ne sont pas garantis toute l'année : c'est surtout l'ambiance à bord et le repas qui font le succès de cette demi-journée.
Le centre de la médina abrite aussi un artisanat encore bien vivant. À la Galerie Fatma, installée dans un fondouk, on peut voir des artisans tresser à la main nattes, sacs, paniers et chapeaux en palme, jonc et halfa — une technique transmise de génération en génération, mise en valeur par un escalier peint d'un poème sur l'identité djerbienne. Un peu plus loin, rue du 9 avril, face à l'église catholique, La Maison de l'Artisanat rassemble tout ce qui se tisse sur l'île : tapis, kilims, margoums et foutas, réalisés par des tisserandes locales que l'on aperçoit parfois au travail sur leur métier à tisser en traversant la boutique. Ces deux adresses valent mieux qu'une simple boutique à souvenirs : elles offrent un vrai aperçu du savoir-faire djerbien, sans obligation d'achat.
Autre curiosité patrimoniale du centre-ville : l'église Saint-Joseph, bâtie en 1848 par la communauté de pêcheurs et commerçants italiens et maltais installée à Houmt Souk, puis agrandie en 1855. Son histoire est mouvementée — cédée à l'État tunisien en 1964, elle a servi de salle d'étude puis de salle de sport avant de retrouver sa fonction religieuse en 2005-2006, après restauration et redécoration avec des reproductions de mosaïques chrétiennes anciennes. Elle accueille aujourd'hui fidèles catholiques et protestants, une rareté patrimoniale au cœur d'une médina à majorité musulmane. L'accès est libre, mais l'édifice reste un lieu de culte actif : mieux vaut privilégier une visite en semaine, en journée, plutôt qu'espérer tomber sur un office.
Les plages de Houmt Souk
À une dizaine de kilomètres au nord de la ville, Ras R'mel — surnommée l'île aux Flamants Roses — est une longue presqu'île de sable classée site Ramsar, zone humide d'importance internationale. Elle sépare la mer d'une lagune fréquentée par de nombreux oiseaux migrateurs, dont les flamants roses qui lui ont donné son nom (présence surtout visible d'octobre à mars). L'accès se fait presque exclusivement en bateau pirate depuis le port de Houmt Souk, avec souvent animations, baignade sur le banc de sable et déjeuner à bord — comptez environ 20 euros par personne pour l'excursion. C'est une plage sauvage, sans aucune commodité sur place : pensez à emporter eau et protection solaire, et gardez à l'esprit que les flamants ne sont pas garantis toute l'année.
Plus proche du centre, à environ 400 mètres seulement du Bordj Ghazi Mustapha, la plage El Jazira profite d'un emplacement idéal pour combiner farniente et visite de la médina sans reprendre la voiture. Sable fin, eau calme, et une ambiance nettement plus locale et animée que les grandes zones hôtelières plus au sud, avec cafés, glaciers et petits restaurants en bord de mer. C'est la plage à privilégier si vous logez dans la médina et voulez simplement piquer une tête entre deux visites, avec en toile de fond la silhouette du fort qui domine la baie — un joli spot pour un coucher de soleil improvisé en fin de journée.
Où manger à Houmt Souk
Sur la place Hedi Chaker, en plein souk, le Café Zaraâ se repère de loin grâce à sa façade peinte de flamants roses et d'un petit pingouin — un décor qui tranche joyeusement avec les tons blanc et bleu de la médina. C'est le seul véritable café maure traditionnel de Houmt Souk : on s'y arrête pour un thé à la menthe, un café ou un jus d'orange frais sans sucre ajouté, particulièrement bienvenu après une balade dans la chaleur. L'ambiance est simple et chaleureuse, en terrasse à l'ombre d'un auvent rayé bleu et blanc — une pause facile à glisser entre deux échoppes.

À l'entrée de la médina, El Fondouk occupe un ancien caravansérail du XVIIIe siècle, restauré après dix-huit mois de travaux et rouvert en 2020. Le patio central, coiffé d'une verrière façon jardin d'hiver et décoré de suspensions en fibre de palmier tressée, est un décor spectaculaire à lui seul, animé du petit-déjeuner jusqu'au soir. La cuisine mêle plats tunisiens traditionnels — riz djerbien, poisson grillé — et cartes plus internationales, avec une pâtisserie réputée. Le lieu abrite aussi un concept store d'artisanat tunisien modernisé et un espace d'exposition à l'étage. Comptez un budget plus élevé que la moyenne de l'île (autour de 70 à 140 dinars par personne pour un repas complet), mais même un simple café ou une pâtisserie valent le détour pour le cadre.
Pour un repas traditionnel plus abordable, direction Bab Al Madina, restaurant familial niché au cœur de Houmt Souk, à deux minutes à pied du souk et du fort — dont la vue se dévoile depuis sa terrasse couverte. On y sert les classiques du répertoire djerbien : couscous, ojja, briks croustillants, chorba, riz djerbien et poisson du jour, dans une ambiance chaleureuse et familiale souvent saluée par les visiteurs (note de 4,5/5). Les prix restent modérés, ce qui en fait une bonne option pour un dîner en terrasse après une journée de visite, avec la silhouette du Bordj Ghazi Mustapha en toile de fond.
Entre Houmt Souk et la zone touristique, le Yacht Club Djerba conjugue salon de thé, restaurant et espace de réception pour événements privés, dans un cadre en bord de mer. On y vient surtout pour la vue et l'ambiance calme, plutôt que pour la rapidité du service — les avis sont partagés à ce sujet. Une adresse à envisager pour un thé ou un café face à la mer, ou pour privatiser l'espace le temps d'une fête ou d'un mariage.
Où dormir à Houmt Souk
Pour un séjour dans la médina plutôt que dans la zone hôtelière de Midoun, l'Hôtel Djerba Erriadh est une valeur sûre. Installé dans un bâtiment ancien à l'architecture traditionnelle djerbienne, il propose 26 chambres organisées autour d'une cour intérieure plantée de bougainvilliers et de plantes aromatiques. Simple et sans prétention (catégorie 1 étoile), c'est une adresse appréciée pour son calme, son authenticité et son excellent rapport qualité-prix (dès environ 45-50 euros la nuit, petit-déjeuner continental inclus), à quelques minutes à pied du souk, des cafés et du Bordj Ghazi Mustapha.
Autre adresse chargée d'histoire : l'Hôtel Marhala, installé dans un ancien fondouk du Touring Club de Tunisie où marchands et bêtes de somme faisaient autrefois halte. Ses 42 chambres s'organisent autour d'une grande cour centrale, entre palmiers, bougainvillées, jasmin et un ancien puits-citerne ; les chambres du rez-de-chaussée occupaient jadis les écuries des marchands. L'ambiance est simple et authentique, loin des grands complexes hôteliers, à deux pas du souk et du port. Comptez entre 40 et 65 dinars la nuit. Un bon point de chute pour explorer Houmt Souk à pied, moins adapté si l'objectif est de passer la journée à la plage — mieux vaut alors se rapprocher d'El Jazira ou de la zone de Midoun.
Toujours dans un registre caravansérail, l'Hôtel Arischa occupe un fondouk vieux de plusieurs siècles, où les marchands méditerranéens logeaient autrefois à l'étage pendant que le rez-de-chaussée abritait marchandises et bêtes de somme. Les chambres, redécorées avec de l'artisanat local, s'organisent autour d'un patio où l'ancienne citerne à eau de pluie a été transformée en petite piscine. L'emplacement est imbattable : rue piétonne en plein centre de la vieille ville, à deux pas du souk, d'une petite église et de la station de taxis. Comptez autour de 70 euros la nuit selon la saison — un tarif à confirmer au moment de la réservation.